Le mot « éléphant » est ancien en français et de toute façon, les éléphants étaient connus en Europe de l’Ouest depuis l’Antiquité. Ceux d’Hannibal, qui avaient vaincu Rome, l’attestent. Le mot ne désigne que l’animal, et pourtant on trouve dans la célèbre Chanson de Roland le mot « olifant » qui désigne un cor, celui dans lequel souffle Roland pour appeler au secours. Pourquoi cette homonymie ? Parce que le cor était en ivoire et que le même mot désignait l’animal et la matière dont ses défenses étaient faites !
A part ça, l’éléphant est présent en français dans bien des domaines… Il évoque la maladresse : « un éléphant dans un magasin de porcelaine », image facile à comprendre, qui fait contraster la fragilité précieuse et le surpoids inconséquent et balourd.
Mais l’éléphant a aussi des qualités reconnues : sa prétendue mémoire. « Avoir une mémoire d’éléphant » c’est avoir une très bonne mémoire : l’image fonctionne comme simple intensif, alors qu’à l’origine, il semble que cette expression prenne naissance dans la tradition de rancune qu’on attribue aux éléphants. On dit qu’ils se souviennent toujours des mauvais traitements, et qu’ils s’en vengent, même longtemps après. Une mémoire d’éléphant a donc souvent été prise en mauvaise part, évoquant la rancœur ou même le ressentiment – ce mot étrange qui colore le sentiment d’une couleur sombre, et qui appelle la vengeance ! Voilà bien de quoi troubler l’image débonnaire qu’on pouvait avoir de cet éléphant. Image double donc.
En effet l’éléphant a souvent eu la faveur des inventeurs d’histoires naïves : gros animal très fort… mais très doux et qui aime et protège les plus exposés, les enfants. On se retrouve avec Babar. Mais en même temps l’éléphant caricaturé évoque le délire de celui qui a trop cédé aux sirènes des boissons fortes : c’est l’éléphant rose dont on pense qu’il est passé par le trou d’une serrure.
Alors pourquoi cette imagerie à deux faces, jamais tout à fait tendre, jamais tout à fait menaçante ? C’est que l’éléphant permet de jouer avec les mots autant qu’avec les images. S’il a séduit c’est bien à cause de cet appendice grandiose qu’on ne saurait éviter, et qui, lui aussi, joue sur sa dénomination : « un éléphant ça trompe énormément ». Le calembour est bien facile, penserez-vous ? Mais justement c’est parce qu’il est si gros qu’il est au cœur, à la jonction entre ces représentations de formes et ces représentations de mot.
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Yvan Amar
Article publié le 03/07/2007
1 commentaires:
sur l'olifant, ou oliphant, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Olifant
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